Le yoga et les luttes féministes.

Comment le 8 mars nous rappelle notre responsabilité collective.

Troisième Oeil
12 min ⋅ 08/03/2025

Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes*, est l’occasion de réfléchir à l’impact des luttes féministes sur nos vies quotidiennes.

Mais qu’en est-il du yoga ? Une pratique qui se veut inclusive, émancipatrice et porteuse de transformation. Que se passe-t-il lorsque les principes féministes croisent cette discipline ancestrale ? Comment le yoga peut-il devenir un levier pour interroger les inégalités et promouvoir la justice sociale ?

Le yoga comme outil de résistance féministe

Le yoga est souvent perçu comme un chemin vers l’équilibre personnel, mais il peut aussi être un puissant outil de résistance féministe. Il nous invite à reprendre possession de notre corps, de notre voix et de notre pouvoir. Mais pour que cette libération soit réelle, encore faut-il se réapproprier le yoga, loin de l’image édulcorée et dépolitisée qui nous est souvent servie. En tant que pratiquant·e, enseignant·e ou simple curieux·se, comment intégrer une approche féministe pour que cette pratique devienne réellement transformatrice ?

Dans ce dossier, vous trouverez des pistes de réflexion et des ressources pour nourrir votre démarche. Nous explorerons notamment la question de l’appropriation culturelle par les femmes blanches : pourquoi est-il essentiel d’en parler ? Nous parlerons de féminisme et de solidarité dans le monde du yoga.

Avant d’entrer dans le vif du sujet : poser ses intentions

Si vous pratiquez le yoga, vous avez sans doute déjà entendu parler du sankalpa. Je souhaite revenir sur sa définition afin que nous partions d’une base commune et d’une compréhension partagée.

san : la connexion à la vérité

kalpa : souhait / voeu

Lorsque je tape sankalpa sur google voici le premier résultat et je note déjà un problème autour du terme Brahman, j’y reviendrai plus tard.

Pour moi, sankalpa signifie poser ses intentions, informer l’autre et soi-même de sa volonté. C’est aussi comprendre que l’intention n’équivaut pas à l’impact : ces deux choses peuvent avoir des résultats différents. Avoir une bonne intention ne signifie en aucun cas un résultat positif et bienveillant.

Cette édition m’est spéciale : c’est la première que j’inaugure avec vous sur un sujet très important, les résistances féministes. Écrire autour du yoga m’a énormément manqué. 2024 fut une année bien chargée, durant laquelle j’ai reposé ma plume pour revenir plus forte en 2025.

Je souhaite que cette édition vous soit utile et déclencheuse de prises de conscience et de réflexions, dans la bienveillance envers vous et moi. Il arrive souvent que nous soyons tourmenté·e·x·s par ce que nous lisons, regardons, consommons, mais la meilleure des réponses est d’analyser nos réactions en nous-mêmes. De prendre le temps et de "sit with discomfort" pendant un moment pour comprendre nos émotions. J’espère que cette édition vous ouvrira de nouveaux canaux de compréhension sur le yoga décolonial afin de vous affranchir des années de désinformation ou d’apprentissage biaisé du yoga.

Vous me direz que mon yoga est également biaisé. Oui, c’est possible. Il se veut décolonial, inclusif, solidaire, féministe, respectueux, éthique, antiraciste… et si vous partagez ces valeurs, alors il vous parlera. Mais c’est le genre de biais que je choisis d’assumer.

Le décalage entre les féministes et le yoga : l’appropriation culturelle.

Depuis que j’ai mis les pieds sur Instagram en tant que créatrice de contenu, je ne cesse de compter les occurrences où j’ai dénoncé ou traité l’appropriation culturelle. J’ai tout vu, des comptes IG qui vendent des produits, des personnes arborant des coiffures culturelles en confondant avec l’appréciation culturelle, du harcèlement de la part de professeures de yoga, des discussions par milliers, c’est fatigant à la fin.

Pour beaucoup je suis devenue la conseillère autour de l’appropriation culturelle, car j’ai beaucoup analysé le phénomène, ses limites, ses enjeux, ses conséquences mais cependant ce travail ne pouvait plus se faire gratuitement par DM. Il y a là, un premier décalage, l’exploitation du savoir des femmes* racisées. Bien que je comprenne les questions, les doutes de chacune, la première chose à savoir est de respecter le temps de chacune et d’autant plus des femmes* racisées. Leur poser des questions qui demandent du temps de réflexion et de rédaction n’est pas un geste anodin mais qui prend sa source dans une forme d’exploitation de l’intellectuel de la personne racisée comme acquis.

Dans mon cas, au début je répondais à tout le monde, puis est venu le moment où je n’arrivais plus à suivre mes demandes, j’ai également été confrontée aux personnes qui remettent en question mes dires après avoir pris plus d’une heure pour formuler ma réponse. Travailler sur les réseaux sociaux est une expérience très intéressante qui peut également nous aider à en sortir grandie. Pour ma part, j’ai appris à poser mes limites, à dire non, ancienne people pleaser, j’ai toujours redouté les moments où il fallait dire non. Je me sentais gênée, craintive du rejet mais en réfléchissant grâce aux yoga sutra, j’ai compris qu’il était temps de me respecter moi d’abord pour pouvoir aider les autres. Mais il faut savoir que le temps des personnes est précieux, à respecter et à payer.

Cette notion de temps est intéressante à connecter avec le phénomène de l’appropriation culturelle.

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Troisième Oeil

Par pulandevii

À propos de l’auteur de Troisième Oeil …
Je suis pulandevii, créatrice de contenu et experte en études de genre, féminismes, diversité et décolonisation. Passionnée par le yoga, je veux t’aider à le redéfinir dans un cadre féministe et décolonial. En tant qu'Indienne d'origine, je remets en question l'appropriation occidentale du yoga et milite pour une approche respectueuse de ses racines.

J’ai fondé Get The Culture Right pour accompagner les professeur·e·s et studios de yoga dans la décolonisation de leur pratique, en intégrant les valeurs de diversité et d'inclusion. À travers des masterclasses, des conseils et un accompagnement personnalisé, j'aide à transformer l'enseignement du yoga en un espace respectueux de ses racines et ouvert à tous. Mon objectif est de vous aider à offrir un yoga authentique, inclusif, et engagé, loin des approches superficielles.

À travers cette newsletter, je partage des réflexions et des ressources pour rendre le yoga plus inclusif, juste et conscient de ses implications sociales. Rejoins-moi pour redéfinir le yoga comme un outil de transformation sociale.